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************************************** Les années 30 commencent
mal en Amérique : le krach de Wall Street de 1929 est l'amorce d'une
crise économique sans pareille qui durera jusqu'en 1934. Elle n'est
évidemment pas sans conséquence sur les musiciens, en particulier
s'ils sont noirs : beaucoup d'entre eux sont forcés de quitter la
profession tandis que les orchestres licencient leurs employés et
que les maisons de disques font faillite (la consommation de disques
aux Etats Unis chute de 100 millions en 1927 à seulement 6 millions
en 1932 et les phonographes de 1 million à 40 milles). Pourtant, au
début de la crise tout au moins, la récession n'est peut-être pas
aussi pénible pour certains musiciens que pour le reste de la population.
Ainsi, même si Duke Ellington fait référence à la crise en enregistrant
Wall Street Wail le 10 décembre 1929, son orchestre continue ses activités
et le Cotton Club à
New York ne ferme pas. Ceux qui le peuvent tentent d'oublier leurs
soucis ou des les repousser à plus tard en se ruant dans les clubs.
Là, ils veulent du spectacle, de la danse, de l'exotisme, une musique
gaie, éclatante, qui va chasser pour un soir leur angoisse. A la même
époque, Kansas City, ville industrielle frontière entre les Etats
du Missouri et du Kansas, échappe sensiblement à la crise qui sévit
dans le Nord et attire les musiciens sans travail : c'est dans les
bars appelés Sunset ou Cherry Blossom que vont s'élaborer les riffs
qui donneront naissance au style Kansas City.
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Franklin Delano Roosevelt, élu Président des Etats-Unis en 1932, met en œuvre le New Deal, un plan économique pour combattre la crise. C'est aussi cette année-là qu'en tirant la leçon des grands orchestres noirs en vogue, le clarinettiste et chef d'orchestre blanc Benny Goodman décide de constituer une grande formation. Grâce à ses émissions de radio sur NBC, il cristallise sur son nom la vogue du Swing : cette musique au tempo enlevé et à la pulsation régulière à ne pas confondre avec le swing (cet espèce de balancement qui donne au jazz sa tension). Aidé par Fletcher Henderson, recruté comme arrangeur, et par son beau-frère, le critique John Hammond, Goodman apporte au jazz une reconnaissance et une popularité qu'il n'a jamais connues auparavant. Certes, sa musique rappelle celle d'Henderson : elle est seulement un peu plus raffinée, plus distrayante... |
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FLETCHER HENDERSON : La meilleure période du big band d'Henderson, celle où il a enfin atteint une cohésion relative et une dynamique orchestrale lentement mises en place grâce à l'alchimie des grands arrangeurs que furent Don Redman et Benny Carter. Les solistes, qui interviennent parfois anarchiquement, sont talentueux : Henry Allen et Rex Stewart (tp), Buster Bailey (cl), Benny Carter (cl, as), Coleman Hawkins et Ben Webster (ts) et Benny Morton (tb). Et le répertoire comprend des titres restés célèbres. Sugarfoot Stomp est une partition de King Oliver amenée à Fletcher par Louis Armstrong en 1925 et qui fut confiée à Don Redman pour l'arrangement : cette seconde version conserve l'arrangement original en étoffant un peu le rôle des sections tandis que le solo de Louis est joué par Rex Stewart. Shangai Shuffle, qui date de 1934 et qui rappelle le style des formations de 1938, montre l'importante de Fletcher dans la gestation de l'idiome swing : propulsé par le beat à 4 temps de la rythmique, l'orchestre évolue avec une aisance déconcertante et montre quatre ans d'avance sur ses concurrents. A comparer avec le Wang Wang Blues, enregistré en 1929, qui, avec son rythme à deux temps pompé au tuba, marque la fin d'un genre condamné à disparaître. A cause de la crise économique et d'un voyage en Europe annulé suite à une mésentente entre les fédérations de musiciens britannique et américaine, Fletcher sera amené en 1934 à dissoudre un orchestre qui fut l'un des plus importants de la décennie. Ces titres merveilleusement restaurés en sont un unique témoignage. |
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DON
REDMAN AND
Multi-instrumentiste, compositeur et chanteur, Don Redman fut le premier arrangeur professionnel pour Fletcher Henderson en 1926. Après avoir été directeur musical des Mc Kinney's Cotton Pickers de 1927 à 1931, il forme sa propre formation qui survivra jusqu'en 1940. Composé de 4 saxophones, 3 trompettes, 3 trombones et 4 instruments rythmiques, son orchestre est dès 1931 l'archétype du big band de jazz moderne. Ce disque n'offre que deux intrumentaux (Sophisticated Lady d'Ellington et le fascinant Christopher Colombus) ; le reste est chanté par Chris Bullock ou Harlan Latimore (excellent dans un genre populaire à l'époque, proche de Bing Crosby) et parfois par Don Redman lui-même dans un style en demi-teinte qui est celui d'un conteur original au feeling indéniable (I Won't Tell, Watching The Knife And Fork Spoon, She's Not Bad). La mise en place des sections et des timbres est lumineuse et le band comprend au moins deux grands solistes : Benny Morton (tb) et Henry Red Allen (tp). Pour écouter sa célèbre composition Chant Of The Weed, il faudra aussi se procurer le premier volume de cette intégrale chronologique, Don Redman 1931 - 1933 (Classics 543), qui est d'une valeur équivalente à celui-ci. |
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BENNY
CARTER : HIS BEST Une des plus longues carrières que le jazz ait connu. Né en 1907, il est engagé en 1930 dans le big band de Fletcher Henderson comme altiste et arrangeur. Il forme son propre orchestre en 1932 et est sollicité comme arrangeur par Ellington et Goodman. En 1935, il quitte New York pour l'Europe où il s'installera jusqu'en 1938, date de son retour en Amérique et d'un nouveau départ en tant que chef d'orchestre. Carter est un arrangeur génial (spécialiste de la section des saxophones), un grand chef d'orchestre, un compositeur honorable, un multi instrumentiste (as, cl, tp) au style clair et léger, et un improvisateur talentueux. Les 22 titres présentés ici le suivent à la trace depuis son apparition chez Henderson jusqu'à la fin de la décennie, sans oublier son activité musicale lors de son séjour européen (dont un remarquable Honeysuckle Rose enregistré à Paris en 1937 avec Coleman Hawkins, Stéphane Grappelly et Django). Certains titres enregistrés sous son propre nom sont d'une telle qualité qu'ils n'apparaissent même pas datés quand on les réécoute aujourd'hui. En 1943, il partira s'installer à Hollywood où ses qualités d'arrangeur et de mélodiste lui permettront de commencer une seconde carrière pour le cinéma et la télévision. |
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© Copyright 2001 - Collège
Swing - p.432
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