Pour les auteurs allemands,
il ne fait aucun doute que cette danse est d'origine allemande, pour
les Autrichiens, viennoise, quant aux Polonais, la valse est bien entendu
polonaise.
Jusqu'à la Renaissance, ceux qui dansaient en couple étaient menacés
du bûcher. C'est pourquoi la volta s'est transmise clandestinement en
Italie, en France et en Angleterre. Sur un rythme à trois temps, le
danseur de volta tenait la danseuse du bout de ses doigts gantés pour
exécuter pompeusement une promenade agrémentée de glissades lentes et
mesurées et entrecoupées de révérences. On sait que les Italiens enlevaient
leur cape et leur épée pour danser la volta. Mais l'innovation de la
volta a consisté dans l'enlacement des deux danseurs qui devaient faire
des mouvements synchronisés pour tournoyer ensemble. La difficulté principale
de la volta résidait notamment dans le saut ou la voltige qui demandait
agilité et force. Le danseur pouvait en effet faire tourner la dame,
puis l'aider à voltiger.
Il a fallu des centaines d'années à l'Homme pour parvenir à cette sorte
de contrôle collectif sur la dynamique d'un bal. Il y a très, très longtemps,
les bals où la danse de couple était en train de naître étaient d'immenses
chahuts où les couples se choquaient et se cognaient violemment. Il
y avait parfois des blessée, des rixes. On ne pouvais pas accepter ces
chocs sans réagir. Parfois le bal se transformait en bataille rangée.
Les archives des tribunaux décrivent ces fêtes lorsque la valse se cherchait.
Après Austerlitz, Jean Beaucousin, un traiteur lyonnais s'est installé
à Vienne, et a transformé la Salle du Clair de Lune pour la mettre au
goût parisien. L'année d'après, en 1806, un autre français, Pierre Meunier,
a ouvert un véritable palais à Vienne : Le Bal du Nouveau Monde avec
un sol recouvert d'un parquet à la française (le parquet est apparu
en France, au moment de la Révolution, vers 1789). Le parquet a représenté
une innovation sensationnelle : jusqu'alors on avait dansé à Vienne
la valse en sautillant, c'est à dire à la manière paysanne. A présent,
sur cette patinoire en bois brillant, on allait pouvoir la danser en
glissant... En 1809, Napoléon a envahi une nouvelle fois l'Autriche.
Après sa victoire de Wagram, il est venu cantonner aux portes de Vienne.
Mais dans le désastre, les Viennois ont gardé leur entrain. Ils ont
fait bon accueil à celui qu'on surnommait l'Ogre corse et ils l'ont
reçu comme un invité. En échange, Napoléoné s'est montré plein d'égards
pour les Viennois, qu'il a su séduire par son goût pour la musique et
en faisant poster une garde d'honneur devant chez Haydn, alors âgé de
80 ans. Napoléon aimait beaucoup la valse, mais il dansait comme un
pied.
Depuis l'origine, les curés ont été partagés quant à l'attitude à avoir.
Deux attitudes contradictoires ont opposé la danse de couple et l'Eglise.
En Autriche, les curés étaient libéraux. Ils voyaient l'expression sociale
d'une joie collective et un moyen utile pour permettre aux garçons et
aux filles de se rencontrer. En France, les curés étaient puritains.
Ils voyaient dans la valse une pratique lascive entre les sexes. La
Révolution française a coupé court à ces préjugés en supprimant l'interdit.
En même temps que les guerres napoléoniennes, la valse a vaincu toutes
les résistances et elle s'est étendue à toute l'Europe. Le dernier grand
bal parisien de l'Empire a été celui du Carnaval 1813. Les années qui
ont suivi, trop occupées à soutenir l'effort de guerre, les dames françaises
ne songeaient déjà plus à valser. A ce moment là, le centre de gravité
de la valse s'est déplacé vers Vienne.
adaptation libre tirée du livre
" La Valse ",
de Rémi Hess aux éditions A.M. Métailié, 1989.